Par Céline TABOU,
Devenu un espace incontournable de réflexion et de proposition d’action sur les défis sécuritaires en Afrique, le Forum de Lomé sur la paix et la sécurité, également appelé «Lomé Peace and Security Forum» (LPSF), découle d’une volonté partagée de parler des dynamiques et problématiques africaines.
Plusieurs motifs ont conduit à la création et à l’organisation de ce forum, tel que la multiplication des crises politiques et sécuritaire en Afrique. En effet, le forum est né dans un contexte de montée des coups d’État, de transitions politiques difficiles et de fragilisation des institutions en Afrique de l’Ouest. Ainsi, l’édition 2023 du forum était placée sous le thème « Comment renforcer les transitions vers la gouvernance démocratique en Afrique ». Le constat était que les transitions non abouties, la gouvernance faible, les institutions lâches et l’absence de stabilité favorisaient l’instabilité sur le continent.
Par la suite, les dirigeants ont eu besoin d’un cadre africain de réflexion endogène sur la paix et la sécurité, sortant des cadres occidentaux et s’orientant sur des problématiques purement africaines. Initiative du Togo, le forum propose « une dynamique africaine qui répond au besoin pour le continent d’œuvrer davantage pour la consolidation de la paix et l’édification de la sécurité collective ». Cette initiative s’inscrit aussi dans l’idée que l’Afrique doit être actrice de sa propre sécurité et non simplement spectatrice de réponses externes. La thématique 2025 du forum est «L’Afrique face aux défis sécuritaires complexes : comment renforcer et rendre durables la paix et la stabilité dans un monde en mutation ? », ce qui « reflète une ambition claire : penser des solutions africaines à des crises africaines, dans un monde en pleine mutation », selon Africa24.
Outre ces deux raisons, une troisième explication est posée sur l’organisation de ce forum: les nouveaux défis structurels (technologie, géopolitique, jeunesse) de l’Afrique et l’évolution du paysage sécuritaire (cyber-menaces[1], rivalités géopolitiques, insécurité climatique, etc.) obligeant les dirigeants africains à prendre les thèmes, tels que l’intelligence artificielle, la connectivité, l’électrification, la jeunesse et l’autonomie stratégique sous un prisme africain.
Le forum a généré plusieurs effets et orientations concrètes, même si les résultats restent encore à consolider. Parmi eux, l’adoption de déclarations et de recommandations destinées aux États africains, aux organisations régionales et internationales. Ainsi, il a été décidé de privilégier un dialogue africain dans la gestion des crises, de renforcer les transitions démocratiques, et d’appuyer la résilience des États.
L’accent mit sur l’autonomie stratégique africaine en matière de sécurité, avec la mobilisation de ses propres ressources, le renforcement de ses capacités internes de sécurité et le détachement des partenaires externes permettraient aux dirigeants africains de mettre en place des actions africaines pour résoudre les problèmes du continent. Le forum a ainsi encouragé l’industrie africaine de l’armement, le financement africain de la sécurité, etc.
Les dirigeants veulent également ouvrir le débat sur de nouveaux thèmes pour la paix élargissant la compréhension de la paix et de la sécurité au-delà de la simple absence de conflit armé, avec notamment la prise en compte de la jeunesse, de la technologie, de l’intelligence artificielle, de l’inclusion sociale. Cela peut entraîner un changement de paradigme dans les politiques de paix et de sécurité, via la coopération et les dialogues régionaux, afin de favoriser la prévention des crises, la gestion transfrontalière, etc.
Globalement, le forum est un outil de réflexion et de recommandations mais la mise en œuvre effective des résolutions reste à consolider, car les défis sont profonds et le contexte politique de certains États participants, notamment ceux en transition ou dirigés par des autorités militaires, peut limiter la portée des engagements pris lors du Forum.
A travers ces deux premières éditions, nous allons comprendre comment et pourquoi les dirigeants africains ont décidé de prendre la sécurité du continent en main, loin des visions occidentales colonialistes.
I. Prise de conscience des enjeux lors de la première édition du Forum
La première édition du Forum sur la paix et la sécurit s’est tenue les 21 et 22 octobre 2023 à Lomé, capitale du Togo, à l’initiative du gouvernement togolais dans le cadre du lancement de l’Alliance Politique Africaine[2], afin d’offrir un espace africain de réflexion et de propositions sur les questions de paix, de sécurité et de gouvernance.
Le thème central choisi en 2023 était « Comment renforcer les transitions vers la gouvernance démocratique en Afrique ? » dans un contexte régional marqué par des transitions politiques sensibles, des coups d’État récents et des inquiétudes sur la viabilité des processus de sortie de crise.
De nombreux chefs d’État et ministres (dont des ministres des Affaires étrangères et de la Défense), des décideurs régionaux de la CEDEAO et l’Union africaine, des experts en gouvernance et sécurité, des représentants d’organisations de la société civile, des universitaires, et des acteurs du secteur privé, étaient présents pour débattre autour de cinq panels, complétés par des sessions ministérielles et une déclaration finale synthétisant les conclusions et recommandations.
A. La transition politique : un enjeu fondamental de préservation des systèmes politiques et administratifs africains
Les participants ont ainsi discuté des conditions rendant une transition politique crédible, soulignant l’importance d’un calendrier transparent et d’institutions neutres capables d’organiser des élections crédibles (Nature des transitions). Thierry VIRCOULON et Mathilde TARIF ont expliqué dans un rapport de l’IFRI intitulé « Transitions politiques : les déboires du modèle de sortie de crise en Afrique » que « depuis les conflits du Liberia et de la Sierra Leone qui ont pris fin au début du siècle, la communauté internationale applique aux guerres civiles africaines la même solution. Cette recette de la paix repose sur le triptyque suivant : création d’un gouvernement transitoire, intervention d’une force de maintien de la paix et organisation des élections ».
Cette méthode de la communauté internationale ne fonctionne plus désormais, car elle provient d’une analyse extérieure et d’une volonté, parfois à peine voilée, d’imposer un système occidental dans des pays qui possèdent leurs propres modèles et systèmes politiques et administratifs. Raisons pour lesquelles, la déclaration finale de cette première édition stipule que « les transitions politiques doivent être guidées par les objectifs principaux de renforcement de la gouvernance démocratique, de consolidation de la résilience de l’Etat, des institutions et de l’Etat de droit dans un environnement caractérisé par l’émergence de nouveaux défis sécuritaires et la résurgence des changements anticonstitutionnels de gouvernement où il est indispensable de valoriser les expertises africaines dans la recherche de solutions aux problèmes africains ».
Désormais les dirigeants africains souhaitent préserver leurs systèmes, rompant ainsi avec une méthode coloniale, visant le plus souvent de s’approprier les richesses des Etats africains, via des modèles typiquement incompatibles avec les sociétés africaines. D’autant que « cette technique de résolution de conflit promue par la communauté internationale s’essouffle. Si certaines transitions ont abouti à des régimes stables (Liberia, Sierra Leone, Côte d’Ivoire), d’autres transitions ont abouti à une stabilité précaire aujourd’hui remise en cause (Burundi, République démocratique du Congo) et les plus récentes qui sont l’objet de cette étude (Mali, Centrafrique et Somalie) n’aboutissent plus à une stabilité précaire mais à la perpétuation de conflits de basse intensité ».
Entre 2020 et 2025, plusieurs Etats ont entamé une transition menée par des putschistes, le plus souvent militaires, qui une fois en place assoient leur pouvoir sur « le discrédit des pouvoirs précédents et l’espoir d’une amélioration sécuritaire et socio-économique ». En effet, au Mali, le 18 août 2020, le colonel Assimi Goïta a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, au pouvoir depuis 2013. En mai 2021, il est démis de ses fonctions et remplacé le président de la transition, Bah N’Daw,
Au Tchad, le 21 avril 2021, le général Mahamat Déby a succédé avec l’appui d’un Conseil militaire de transition (CMT) à son père, Idriss Déby Itno, tué en pleine opération militaire. La transition militaire, installée par la junte, va imposer une nouvelle gouvernance, sans élection. Les manifestants sont réprimés et les conflits intercommunautaires s’intensifient entre éleveurs et agriculteurs entretenus par le pouvoir. Mahamat Déby devrait rester indéfiniment au pouvoir, grâce à la force et sans opposition qui s’est retirée de la scène politique.
En Guinée, le 5 septembre 2021, le colonel Mamadi Doumbouya a renversé le président Alpha Condé réélu depuis 2010, et devient président du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) et président de la Transition. Après une transition de trois ans, Mamadi Doumbouya abandonne en 2024 le titre de président de la Transition au profit de président de la République. Septembre 2025, la nouvelle constitution de la Guinée est promulguée, le colonel dépose alors son dossier de candidature à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025. Le but de ce scrutin est de rétablir l’ordre constitutionnel après le coup d’État de 2021. « Mais les espoirs sont minces, le général Doumbouya et la junte ayant multiplié les restrictions de libertés depuis sa prise de pouvoir », il aparait évident que ce dernier sera proclamé président, a indiqué Ouest-France.
Au Soudan, le 25 octobre 2021, le général Abdel Fatah al-Burhane a fait un putsch au sein de la transition ouverte par la chute du régime d’Omar el-Béchir en 2019 en mettant fin à 30 années d’un gouvernement civilo-militaire et en arrêtant le premier ministre Abdallah Hamdok, en poste depuis 2019. En 2023, s’ensuit une guerre civile opposant l’armée soudanaise, un groupe paramilitaire et d’autres groupes armés affiliés dans tout le pays. Depuis la situation reste instable.
Au Burkina Faso, le 24 janvier 2022, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba a renversé le président Roch Marc Christian Kabo réélu depuis 2015, et devient président du Faso. En octobre 2022, il est renversé par le capitaine Ibrahim Traoré, qui devient de la Transition par le Conseil constitutionnel et président du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration. La durée de la transition au Burkina Faso a été prolongée de 5 ans depuis le 2 juillet 2024, selon les conclusions des Assises nationales tenues le 24 mai 2024 à Ouagadougou, et le président de la Transition, le capitaine Ibrahim Traoré, détient le titre de « Président du Faso et de Chef suprême des Armées ». Les formations politique d’opposition partis politiques ont vu leurs activités suspendues depuis le 30 septembre 2022, date de la prise de pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré.
Les transitions politiques se heurtent à plusieurs limites majeures ; comme la faiblesse des institutions et la personnalisation du pouvoir rendant les processus de transition instables et dépendants des acteurs plutôt que des lois. De plus, la forte implication des juntes militaires dans la vie politique remet en question la crédibilité des changements annoncés et engage généralement des violences à tous les niveaux. Alors que les armées promettent un retour à l’ordre constitutionnel, mais elles prolongent les périodes transitoires ou imposent leur modèle politique.
Ensuite, les crises sécuritaires servent souvent de prétexte pour retarder les élections ou restreindre les libertés. Certains partis politiques sont souvent faibles, centrés sur des leaders ou du clientélisme, peu sur des programmes. De nombreuses transitions excluent certains partis, mouvements citoyens ou groupes ethniques, provoquant des contestations, un boycott des élections, voire un retour à la crise. D’ailleurs, les transitions manquent de légitimité, les élections sont rarement libres limitant la confiance populaire. De fait, les autorités de transition ne sont pas souvent élues, et manquent de mandat populaire, ce qui rend leurs décisions contestées.
S’ajoutent à cela la fragilité économique, qui limite la capacité des gouvernements de transition à réformer et augmente l’instabilité sociale. De plus, la pression des acteurs internationaux qui exhortent les autorités de transition à mettre en place un gouvernement stable. Malgré leur objectif officiel de rétablir l’ordre constitutionnel, les transitions politiques africaines demeurent souvent inachevées, prolongées ou détournées de leur finalité démocratique.
B. Le rôle crucial des organisations régionales
Lors de ce forum, les participants ont également échangé sur l’efficacité de la CEDEAO et de l’Union africaine pour prévenir, gérer et accompagner les transitions. Certains panélistes ont appelé à des mécanismes de prévention plus proactifs et à un renforcement des capacités de médiation régionale. En effet, renforcer les capacités de l’Union africaine (UA) répond à la multiplication des crises africaines, notamment au Sahel ou encore dans la Corne de l’Afrique. Pour faire face à ces conflits, l’UA doit devenir plus réactive et mieux équipée (humainement, financièrement et en matière de logistique) pour gérer ces crises.
De plus, les limites de l’Organisation de Union Africaine, critiquée pour son incapacité à intervenir et à prévenir les conflits, doivent être dépassées, pour établir une union plus efficace et opérationnelle. D’ailleurs, la volonté des États de gagner en souveraineté et en intégration, afin de réduire la dépendance envers les interventions extérieures (ONU, France, Russie, etc.), oblige l’UA à renforcer ses propres organes de sécurité.
Outre la sécurité, l’intégration politique et économique régionale (ZLECAf, infrastructures, mobilité) nécessite une institution plus forte, qui harmonise les politiques et coordonne les Etats. Pour cela, des réformes institutionnelles et financières sont réfléchies pour aboutir à une UA plus autonome, capable d’assurer la paix et la gouvernance.
Le renforcement des capacités de l’Union africaine permet donc une plus grande capacité d’international via le déploiement des forces de maintien de la paix ; une meilleure prévention des conflits avec une architecture africaine de la paix et de la sécurité (APSA)[3] ; une promotion de la démocratie et des droits humains à travers un cadre normatif plus stricte, mais encore difficile à appliquer ; un marché africain unifié et un poids économique accru ; et enfin une affirmation de l’Afrique sur la scène internationale car l’Afrique parle davantage d’une seule voix.
En dépit des objectifs positifs d’un renforcement des capacités des organisations régionales, des défis persistent et freinent la mise en place des grandes lignes de ce premier forum sur la paix et la sécurité. Parmi les limites, tous s’accordent à dire qu’il y a un manque de financement autonome, car « le budget de l’Union continue d’être sous-financé par les États membres et les partenaires au développement. En moyenne, 67% des contributions statutaires sont recouvrés tous les ans des États membres. Environ 30 États membres sont partiellement ou intégralement défaillants en moyenne tous les ans. Cette situation crée un écart de financement important entre le budget prévu et le financement réel, ce qui entrave l’exécution effective du programme de l’Union africaine », selon le site de l’Union africaine.
Les capacités ne sont pas encore pleinement opérationnelles car les ays africains dépendant encore trop des interventions venues de l’extérieure. A cela s’ajoute les divergences entre États et les conflits armés interétatiques qui polluent la vision globale pour le continent.
C. Prendre en compte la jeunesse africaine comme actrice du changement
Il a également été question de la prise en compte des jeunes, acteurs potentiels de changement mais aussi de fragilisation des Etats. Les orateurs ont plaidé pour l’intégration de la jeunesse dans les processus politiques plutôt que leur exclusion, via l’emploi, l’éducation civique et la participation politique. En effet, la jeunesse africaine joue un rôle essentiel dans la paix et la sécurité en agissant comme acteur de prévention des conflits, médiateur dans les tensions communautaires et moteur de mobilisation citoyenne. Grâce à son dynamisme, elle promeut la démocratie, lutte contre l’extrémisme, développe des solutions technologiques pour l’alerte précoce et renforce la cohésion sociale. Son engagement fait d’elle un pilier central pour construire une paix durable sur le continent.
Mireille Akpabie, experte en Réforme du secteur de la sécurité (RSS) et membre de l’African Security Sector Network (ASSN) a expliqué au journal La Tribune, que « la jeunesse africaine représente près de 77% de la population du continent, soit près de 400 millions de personnes âgées de 15 à 35 ans. Elle manifeste depuis plusieurs années une prise de conscience forte et croissante quant à ses responsabilités et son rôle en matière de développement et de stabilité ».
Selon elle, « l’un des meilleurs moyens pour la jeunesse africaine de participer aux initiatives de promotion de la bonne gouvernance est d’accompagner les efforts gouvernementaux à travers la sensibilisation de la société. Cependant, beaucoup reste encore à faire dans les domaines de la démocratie et de la gouvernance politique. Les actions de dénonciation des atteintes aux principes de bonne gouvernance s’inscrivent dans cet engagement continu d’une jeunesse qui refuse d’être complice de pratiques a-démocratiques ».
Cependant, la jeunesse africaine, majoritaire sur le continent, peut aussi devenir un facteur de déstabilisation lorsque ses besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits. Le chômage massif, la pauvreté, l’absence de perspectives politiques et le manque d’inclusion rendent de nombreux jeunes vulnérables aux manipulations politiques, aux mouvements contestataires violents et au recrutement par les groupes armés ou extrémistes. Dans certains pays, les jeunes sont instrumentalisés par des élites pour mener des violences électorales, alimenter des milices ou participer à des protestations insurrectionnelles. Les frustrations sociales et l’exclusion renforcent ainsi leur rôle potentiel dans la remise en cause de l’ordre établi, contribuant à l’instabilité politique et sécuritaire.
Philippe Nanga, coordinateur d’Un Monde Avenir, ONG camerounaise partenaire du CCFD-Terre Solidaire, a expliqué à Radio Balafon que « le désintérêt de la jeunesse est aussi un symptôme d’un système politique malade », ajoutant que « depuis une dizaine d’années, nous travaillons avec les jeunes pour promouvoir leur participation politique. Mais ce n’est pas simple. Ils ont souvent un regard très critique, très méfiant envers les politiciens ».
D. Recommandations majeures dans la déclaration finale
Enfin, lors de cette première édition des pistes ont été évoquées comme la nécessité d’apporter des réponses africaines aux problèmes africains, sortir de la dépendance aux pays tiers vis des solutions endogènes qui seraient alors construites localement, incluant de fait la formation de dispositifs régionaux de prévention, de dialogue inclusif, et le recours à des mécanismes de médiation continentaux.
La déclaration finale synthétise une série de recommandations pratiques destinées aux États africains, aux organisations régionales et aux partenaires parmi lesquelles, la création d’un cadre durable piloté par l’Alliance Politique Africaine pour accompagner les transitions (médiation, suivi, assistance technique), l’appui à une indépendance des institutions électorales, formation des personnels de l’administration et des forces de sécurité à des normes démocratiques ; la promotion d’espaces nationaux de dialogue impliquant partis politiques, société civile, acteurs économiques et jeunes ; et la priorité donnée aux réponses africaines en s’appuyant sur les capacités régionales, tout en coopérant avec les partenaires internationaux de façon coordonnée.
Cette première édition a permis au Togo de se positionner comme une plateforme de dialogue sur les questions de paix et de transitions, de produire une déclaration finale contenant des recommandations susceptibles d’orienter les politiques, et de lancer des initiatives de suivi, via l’Alliance Politique Africaine.
Or comme pour beaucoup de forums, les recommandations préconisées demandent des mises en actions nationales ou régionales qui dépendent fortement de la volonté politique et des ressources disponibles. De plus, certaines voix, comme les ONG dénoncent un manque de représentation de leur organisation, pourtant, la durabilité des engagements dépendra de l’ouverture future du forum à de nouveaux acteurs. Enfin, la tenue du forum dans un contexte régional troublé présente un défi car les acteurs en situation d’illégitimité ou de gouvernance militaire peuvent adhérer aux recommandations sans les appliquer.
Globalement, la première édition du LPSF d’octobre 2023 a réussi son objectif inaugural, « ouvrir un espace africain de réflexion sur les transitions politiques et produire des recommandations visant la consolidation démocratique ». Son avenir dépendra de la capacité des organisateurs et des États africains à transformer les recommandations en mécanismes concrets de prévention, médiation et accompagnement. La seconde édition d’octobre 2025 s’est placée dans la suite de cette première édition, et dans un contexte africain encore plus complexe avec des défis technologiques, des rivalités géopolitiques sur le continent, des fragilités économiques persistantes et une jeunesse de plus en plus nombreuse.
II. Dans un contexte tendu, maintenir les engagements coûte que coûte
La deuxième édition du Lomé Peace and Security Forum s’est tenu les 11 et 12 octobre 2025 à Lomé. Elle s’est déroulée dans un contexte africain encore plus complexe : montée des défis technologiques (cyber-menaces, IA), accentuation des rivalités géopolitiques sur le continent, fragilités économiques persistantes et un profil démographique marqué par une jeunesse nombreuse. Le thème retenu est « L’Afrique face aux défis sécuritaires complexes : comment renforcer et rendre durables la paix et la stabilité dans un monde en mutation ? », reflétant une volonté d’élargir le périmètre des discussions au-delà des transitions politiques pour intégrer des dimensions stratégiques, technologiques et sociétales.
L’édition 2025 a rassemblé ministres, diplomates, responsables des organisations régionales, représentants d’institutions internationales, experts en cyber-sécurité et intelligence artificielle, chefs d’entreprises technologiques, acteurs de la jeunesse et de la société civile. Par rapport à 2023, l’édition 2025 a davantage inclus des panélistes issus du secteur technologique et de l’industrie, traduisant l’intention d’aborder les enjeux de sécurité sous l’angle de la souveraineté numérique et de l’autonomie stratégique. Les sessions combinées (plénières + ateliers thématiques) ont permis des échanges plus opérationnels sur des sujets comme la formation des forces de sécurité, la gouvernance numérique et le financement de la sécurité.
La déclaration finale s’articule autour de quatre axes principaux, tels que la mise en œuvre de mesures opérationnelles essentielles, le renforcement de l’autonomie stratégique du continent face aux rivalités géopolitiques internationales, la construction d’une paix durable garantissant stabilité et prospérité partagée sur l’ensemble du continent, ainsi que l’intégration des nouvelles technologies et des acteurs sociaux dans la consolidation de la paix.
A. Autonomie stratégique et industrielle
Les participants se sont accordés à dire qu’il est indispensable pour l’Afrique de développer des capacités propres (industries de défense, technologies, infrastructures critiques), afin de réduire la dépendance extérieure, en particulier face à des rivalités géopolitiques mondiales. L’accent a été mis sur le renforcement de l’indépendance des Etats dans la mobilisation des ressources et le financement de la défense et de la sécurité, en privilégiant les sources endogènes. « Nous exhortons les Etats africains à envisager, à la lumière des évolutions mondiales, une relecture des accords de défense afin d’assumer pleinement leur souveraineté », ont-ils souligné dans la déclaration finale.
Pour assurer cette autonomie, les Etats africains doivent développer des capacités autonomes de défense, soutenues par la création d’une industrie africaine de l’armement, le recours à des technologies endogènes, la mise en place de formations militaires plus adaptées et l’émergence d’un véritable marché africain de l’armement. Cependant, pour pouvoir mettre en place cet axe, les Etats ont besoin d’un financement « autonome et durable des institutions régionales et continentales ». Or la question du financement est toujours problématique car les Etats n’ont pas d’autonome financière suffisante pour mettre en place ce type de mesures, ni de budget pour participer au financement des institutions régionales.
Dans le cadre du forum, les panélistes ont assuré que l’Union africaine devrait « renforcer son rôle de coordination stratégique des initiatives de défense et de paix menées sur le continent ». L’UA doit « redéfinir les cadres de la coopération entre le continent et les autres régions du monde, à adapter le choix des partenaires aux évolutions géostratégiques et aux intérêts fondamentaux de l’Afrique ». La déclaration finale atteste qu’il est important pour l’Afrique de se rapprocher des puissances émergentes, dont les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud), « en vue de promouvoir un monde multipolaire fondé sur la justice, l’équité et la paix ».
Les dirigeants africains ont décidé, lors de la première édition, de réduire leur dépendance vis-à-vis des opérations des pays occidentaux. Or deux ans plus tard, les participants ont estimé qu’il est crucial d’entamer un rapprochement avec les pays du Sud Global, rompant avec les schémas traditionnels, centrés autour de l’Occident. Signe que les dirigeants africains ont entamé un tournant dans leurs relations historiques et diplomatiques, arguant pour une pensée africaine, afin de résoudre les problèmes de l’Afrique.
B. L’intégration des nouvelles technologies et des acteurs sociaux dans la consolidation de la paix
Des discussions approfondies ont eu lieu sur l’impact de l’intelligence artificielle, de la connectivité et du cyberespace sur la stabilité. Les participants ont débattu des opportunités (amélioration du renseignement, prévention) et des risques (désinformation, cyber-attaques contre des infrastructures critiques). Les recommandations ont porté sur la création de cadres réglementaires africains et sur la formation. « Présentée à la fois comme une opportunité stratégique et un risque émergent, l’IA pourrait », selon les experts cité par AfriqueInfos, « bouleverser l’équilibre sécuritaire mondial ». Raison pour laquelle, « les États africains sont invités à élaborer un protocole continental sur son usage éthique et sécuritaire, à créer un fonds dédié à son développement, et à former massivement la jeunesse dans les métiers du numérique ».
Mais avant cela, ils devront « prendre conscience des capacités transformatrices de l’IA, à adopter des mesures idoines pour en exploiter les opportunités et à se préparer à gérer ses effets ambivalents », a indiqué la déclaration finale. Un appel lancé à la suite notamment de la 1214ème réunion du Conseil de paix et de sécurité tenue le 13 juin 2024, sur l’intelligence artificielle et son impact sur la paix et la sécurité en Afrique incitant les pays membres de l’Union africaine d’adopter « des approches de Partenariat Public et Privé dans l’utilisation de l’Intelligence Artificielle et à s’engager activement dans l’élaboration et la mise en œuvre de Stratégies Nationales et Régionales en matière d’Intelligence Artificielle qui s’alignent sur les lignes directrices et les principes de l’UA; ainsi qu’à mettre en place des cadres réglementaires et institutionnels sur la conception, le développement et l’utilisation responsable de l’Intelligence Artificielle ».
La question des technologies est posée depuis plusieurs années par les dirigeants africains, qui souhaitent moderniser le continent, lui permettant aussi d’être indépendant et de répondre aux défis sécuritaires. Toutefois, pour Joel Amegboh, expert de la sécurité au Centre d’études stratégiques de l’Afrique (CESA), « la stratégie IA peut être considérée comme stratégie sectorielle au sein d’une structure de sécurité plus vaste. Ceci pourrait permettre aux gouvernements d’intégrer l’IA comme un outil critique pour améliorer le renseignement national, la mise en application des lois, la défense nationale ou le développement économique.»
Mais l’approche technologique, à cause d’un manque de compréhension ou de confiance de la technologie, car la plupart des programmes technologiques sont développés hors de l’Afrique, remettant en question de la nature sociale et culturelle des données sous-jacentes de la technologie. Cela nécessite « un défenseur » au sein des gouvernements pour susciter de l’intérêt dans une stratégie IA et pour obtenir le consensus des chefs politiques sur cette question, selon le Joel Amegboh. « Il est important de s’assurer que la stratégie est spécifiquement personnalisée en fonction des besoins du pays qui la met en œuvre, afin d’être certain que cette stratégie est inclusive et équitable » a assuré ce dernier dans une note de l’Africa Defense Forum.
Face aux défis sécuritaires et technologiques, l’UA a incité ses membres à « intégrer l’Intelligence Artificielle dans tous les processus de paix, notamment en facilitant son intégration dans les initiatives de consolidation de la paix, en tirant parti de l’Intelligence Artificielle pour la Médiation, la Réconciliation et la Reconstruction Post-conflit ». Ces technologies faciliteraient les transitions politiques, les négociations et discussions et l’instauration d’une nouvelle gouvernance dans des pays en proie aux conflits armés. Cependant selon le rapport de l’Africa Defense Forum, « la technologie dans le maintien de la paix est en constante mutation et touche de nouveaux aspects des missions. Bien que les coûts des techniques de pointe en matière de surveillance et de communication aient considérablement baissé, elles demeurent hors de portée pour certains pays et organisations ».
C. La participation accrue des jeunes et la prise en compte de leurs perspectives dans les processus de paix en Afrique.
A l’instar de nombreux forums, la 2nde édition a mis en avant la jeunesse comme facteur central pour la paix. Des propositions concrètes ont émergé, comme la création d’un Fonds pour la jeunesse africaine, des programmes d’insertion socio-économique et l’intégration de la jeunesse dans les processus de prévention des conflits. Les participants ont aussi appelé à la mise en œuvre des cadres existants, tels que la Charte africaine de la jeunesse et à l’accélération de la mise en œuvre du Programme Jeunesse, Paix et Sécurité de l’Union africaine, afin d’accroître la participation des jeunes aux processus de prévention, de règlement des conflits et de consolidation de la paix.
Grâce à son énergie, sa créativité et à son dynamisme, la jeunesse africaine constitue un véritable moteur de transformation sociale. Dans un contexte où l’Afrique est parfois confrontée à des conflits armés, à l’instabilité politique et aux crises économiques, les jeunes apparaissent comme des acteurs incontournables pour bâtir une paix durable. 0
Les jeunes jouent un rôle majeur dans la prévention des conflits. En participant activement à des programmes d’éducation à la paix et de sensibilisation communautaire, ils véhiculent des valeurs de tolérance, de respect et de dialogue. Dans les écoles, les universités et les associations, ils organisent des clubs de paix, des débats et des activités sportives qui favorisent la cohésion sociale. Ensuite, ils contribuent à la médiation et à la résolution des conflits armés. Proches des réalités locales, ils interviennent dans leurs communautés pour rétablir le dialogue entre groupes opposés, grâce à leur neutralité relative et leur capacité à communiquer avec différents segments de la société leur permettant de désamorcer des situations délicates. Dans certains pays, les jeunes participent même à des commissions de réconciliation ou à des initiatives locales de consolidation de la paix, jouant un rôle essentiel dans la reconstruction du tissu social.
De plus, ils revendiquent un leadership responsable fondé sur la justice sociale, la transparence et la bonne gouvernance. À travers des mouvements citoyens, des associations et la participation aux élections, ils militent pour des institutions plus démocratiques et pour des politiques favorisant l’inclusion. Leur implication politique permet de lutter contre les injustices qui, souvent, sont à l’origine des conflits. La situation à Madagascar est un exemple de cette prise de position de la jeunesse africaine. En effet, entre le 25 septembre et le 14 octobre, le mouvement de la génération Z à Madagascar, né sur les réseaux sociaux, a fait tomber le régime d’Andry Rajoelina. « Cette jeunesse, urbaine, connectée et déterminée » est descendue dans la rue, malgré la répression des forces de l’ordre pour dénoncer les coupures d’eau et d’électricité incessantes, la corruption qui gangrène le pays, et ont réclamé des changements concrets. « Cette jeunesse a réussi à faire tomber le pouvoir, le vrai défi commence maintenant : bâtir une république citoyenne, débarrassée des réflexes de concentration du pouvoir autour d’un homme fort et de ses loyautés ethniques. Une révolution politique, mais aussi culturelle, dont cette génération entend être l’auteure ».
En outre, de nombreux jeunes participent à la paix durable par l’innovation et l’entrepreneuriat. Face au chômage, qui nourrit parfois la violence et l’instabilité, ils créent des entreprises, développent des initiatives économiques et utilisent les technologies numériques pour offrir des solutions nouvelles aux problèmes sociaux. Certains conçoivent des plateformes en ligne pour sensibiliser à la paix, tandis que d’autres s’engagent dans des projets environnementaux afin de réduire les tensions liées aux ressources naturelles.
Enfin, la jeunesse africaine s’illustre dans la promotion des droits humains et dans la mobilisation communautaire. Beaucoup s’engagent pour défendre les droits des femmes, lutter contre les violences basées sur le genre et protéger les personnes vulnérables. D’autres s’investissent dans des actions de volontariat, apportant un soutien social, éducatif ou psychologique aux populations affectées par les conflits.
La contribution des jeunes à une paix durable en Afrique est incontestable mais surtout indispensable. Par leur dynamisme, leur créativité et leur engagement, ils constituent un pilier essentiel de la stabilité et du développement du continent. Pour renforcer encore leur rôle, il est nécessaire que les gouvernements et les institutions leur offrent des opportunités économiques, une éducation de qualité et un cadre politique inclusif.
D. Coopération régionale et financements : d’importants défis à relever
Une réflexion large autour d’un meilleur alignement entre États africains, institutions régionales et partenaires a été lancée lors de ce forum, en vue de financer la sécurité (par exemple avec des fonds régionaux ou des partenariats public-privé). De fait, l’utilisation d’instruments financiers novateurs permettrait de soutenir les capacités de stabilisation.
Toutefois, tous s’accordent à dire qu’il devient nécessaire de mobiliser les ressources propres de chaque Etat pour financer la sécurité, repenser les accords de défense instaurés durant l’époque postcoloniale, et investir dans une industrie africaine de l’armement ainsi que dans des technologies de défense endogènes. Le forum a également exhorté l’Union africaine à jouer un rôle moteur dans la coordination des politiques sécuritaires, tout en redéfinissant les partenariats internationaux dans le respect des intérêts fondamentaux du continent.
Cependant, la première grande difficulté de plusieurs pays africains est de financer efficacement leurs programmes de sécurité, qui résulte d’un ensemble de contraintes structurelles, économiques, politiques et géopolitiques. D’ailleurs, la grande majorité des économies africaines reposent sur une base fiscale réduite, et une part importante des activités économiques s’effectue dans l’informel, ce qui échappe largement à l’impôt. Or, les administrations fiscales manquent souvent de moyens pour assurer une collecte efficace, et l’économie reste peu diversifiée.
La dépendance aux matières premières, dont les prix fluctuent fortement, rend les budgets publics instables et difficilement prévisibles. Dans un tel contexte, les gouvernements doivent arbitrer entre des priorités pressantes (santé, éducation, infrastructures, subventions sociales) et la sécurité qui ne peut pas toujours bénéficier des financements nécessaires de façon stable. Ensuite, la pression de la dette publique représente une autre limite. De nombreux États consacrent une proportion considérable de leurs recettes au remboursement d’emprunts contractés à l’extérieur, souvent en devises. Le poids de la dette absorbe ainsi des ressources financières qui pourraient être allouées à des programmes de modernisation des armées, à la formation ou à l’acquisition d’équipements de sécurité.
Outre les contraintes économiques, l’instabilité politique et sécuritaire présente dans plusieurs régions, om les États font face à des violences internes : insurrections armées, terrorisme, rébellions, conflits intercommunautaires. Ces crises nécessitent des moyens militaires importants, mais elles détruisent en même temps les bases économiques nécessaires pour financer durablement l’effort de sécurité. Les zones en conflit échappent souvent au contrôle de l’État, entraînant une baisse de la collecte fiscale et une fuite des investissements privés. A cela s’ajoute la corruption et la mauvaise gouvernance aggravent ces difficultés. Dans plusieurs pays, les budgets de défense manquent de transparence et une partie des fonds peut être détournée, dilapidée ou utilisée de manière inefficace. Les dépenses militaires font souvent l’objet de surfacturations, de contrats opaques ou d’achats inadaptés. Cette mauvaise gestion réduit non seulement l’efficacité des sommes consacrées à la sécurité, mais elle affaiblit également la confiance des partenaires internationaux susceptibles de financer ou de soutenir des programmes sécuritaires.
Ce contexte économique, budgétaire et politique pousse des Etats à être dépendants de l’aide extérieure. Mais Abdoulaye Diop, Ministre malien des Affaires étrangères, a expliqué que « ce forum est un cadre irremplaçable pour poursuivre la quête de paix sur le continent. Il porte un message d’ouverture, mais aussi d’affirmation de notre souveraineté. Il s’agit pour nous de prendre en charge notre sécurité tout en restant ouverts à des partenariats respectueux de nos choix stratégiques et des intérêts vitaux de nos populations ».
D’autant plus que beaucoup de programmes de sécurité en Afrique (formation, logistique ou équipement) reposent largement sur le soutien de partenaires internationaux, tels que l’Union européenne, la France, les États-Unis, la Chine, ou les Nations Unies. Cependant, cette dépendance rend difficile la mise en place d’approches sécuritaires autonomes et durables. Comme l’a expliqué le rapport de l’Africa Defense Forum, le coût des équipements et technologies militaires modernes très élevé. Les pays africains ne produisent que très peu de matériel militaire, ce qui les oblige à importer des équipements souvent coûteux tels que des drones, des véhicules blindés, des systèmes de surveillance, des armements spécialisés, etc. L’entretien de ces matériels, les pièces détachées et la formation du personnel représentent aussi des dépenses considérables et continues.
Enfin, les pays africains doivent faire face à une pression sociale et démographique intense. Les budgets se consacrent en grande partie à une population jeune et en croissance rapide. L’éducation, la santé, la création d’emplois ou la protection sociale deviennent prioritaires, concurrençant directement les budgets de la sécurité. D’autant plus que les citoyens attendent des réponses urgentes aux besoins de développement. Globalement, pour surmonter ces obstacles, des réformes de gouvernance, une meilleure mobilisation des ressources internes, une diversification économique et une réduction de la dépendance extérieure apparaissent comme des conditions essentielles.
E. Déclaration finale : il temps d’entrer dans l’action
La déclaration finale de l’édition 2025 est structurée autour de quatre axes principaux : mesures opérationnelles pour la prévention et la gestion des crises ; renforcement de l’autonomie stratégique du continent ; intégration des nouvelles technologies et des acteurs sociaux (jeunesse) dans la consolidation de la paix ; et mobilisation de mécanismes de financement durables pour la sécurité.
Parmi les propositions concrètes faites pour commencer à mettre en œuvre les changements évoqués, la Déclaration de Lomé 2025 préconise « la création d’un Fonds pour la jeunesse africaine, ainsi que la mise en œuvre effective de la Charte africaine de la jeunesse et du programme Jeunesse, Paix et Sécurité » ; l’élaboration d’un cadre africain pour la gouvernance de l’IA, et des initiatives de coopération industrielle pour l’équipement des forces de maintien de la paix.
Plusieurs annonces ont accompagné la clôture de ce Forum sur la paix et sécurité 2025, parmi lesquelles l’identification des filières prioritaires (ex. équipements de sécurité, cybersécurité), et la mobilisation de financements et partenariats industriels. A cela s’ajoute la mise en œuvre de démarches visant à élaborer des normes régionales en matière d’IA et de cybersécurité, afin d’harmoniser les réponses nationales. Enfin, les dirigeants s’accordent pour lancer des programmes-pilotes d’employabilité et de leadership pour les jeunes à l’échelle sous-régionale. Les dirigeants ont annoncé la mise en place d’un un dialogue renforcé entre les États en conflit, afin de faciliter la résolution des tensions.
De plus, la Déclaration de Lomé 2025, « en 46 points, propose une feuille de route ambitieuse et réaliste pour une Afrique pacifique, résiliente, technologiquement souveraine et économiquement indépendante », selon Actubilan. En effet, la seconde édition a consolidé l’ambition du Forum sur la paix et la sécurité de Lomé d’évoluer en un forum de réflexion vers un catalyseur d’actions politiques et de projets concrets.
Ce forum a permis de recentrer la problématique de la sécurité autour de la souveraineté technologique et du rôle structurant de la jeunesse. Cependant, les ressources sont à la peine et la mise en œuvre des recommandations tardent, car elles nécessitent des investissements lourds et des partenariats durables. Autre difficulté rencontré par les dirigeants: l’efficacité de la coordination régionale dépendra de la capacité des organisations régionales et des États à s’aligner sur des priorités communes. Alors que le contexte géopolitique est extrêmement tendu, les panélistes admettent que 2025 a été un tournant. En effet, il est convenu d’élargir le cadre de la sécurité à la technologie, à l’économie et à la jeunesse.
Toutefois, le succès du forum sera mesuré par la capacité à transformer les déclarations en mécanismes opérationnels (fonds effectifs, cadres législatifs, projets industriels locaux). Le rôle du Togo comme hôte et animateur est renforcé, mais le forum devra démontrer une indépendance et une inclusivité suffisantes pour rester crédible aux yeux d’un large éventail d’acteurs africains. Tous les regards se tourneront sur la troisième édition du Lomé Peace and Security Forum est prévue à Lomé en 2027.
Conclusion
Dans un contexte continental et mondial marqué par une recrudescence des tensions et « une érosion des acquis démocratiques, des pressions environnementales croissantes et des rivalités géopolitiques renouvelées », le Forum sur la paix et la sécurité « offre un espace pour examiner les causes profondes des instabilités et proposer des réponses innovantes et durables », selon la note conceptuelle de la 2nde édition du forum.
En effet, les dirigeants participants à cet évènement s’accordent tous à dire que la sécurité est devenue une priorité absolue, mais les problèmes économiques et budgétaires, ainsi que la nécessité d’agir pour assurer le développement des pays freinent les financements de nombreux Etats et au sein des organisations de coordination régionale. Cette situation entrave les possibilités pour les Etats de défendre leurs territoires, nécessitant des approches concertées, portées par l’Afrique et ancrées dans les réalités africaines.
L’Afrique veut porter sa voix pour son développement global, car il devient donc crucial pour les États africains d’être acteurs et non simples spectateurs des décisions sécuritaires. D’autant plus que le continent fait face à la montée du terrorisme (Sahel, Corne de l’Afrique, Mozambique, Nigeria…), aux coups d’État et transitions politiques instables, aux conflits communautaires et tensions identitaires, à la piraterie maritime (Golfe de Guinée, Somalie) aux trafics transnationaux (armes, drogues, êtres humains).
Dans un tel contexte, les organisations régionales (Union africaine, CEDEAO, CEEAC, SADC, IGAD) se renforcent et développent des forces régionales, des mécanismes d’alerte précoce, et des diplomaties de médiation. Le continent veut être reconnu comme un partenaire stratégique, et non comme un terrain d’opérations. D’autant plus que face à une démographie croissante, une jeunesse africaine exigeante et voulant plus d’autonomie, l’Afrique, possédant des ressources majeures (minerais, énergie, terres agricoles), devient un espace de compétition stratégique mondiale, notamment la compétition entre la Chine et les Etats-Unis sur le continent.
Raisons pour lesquelles, l’Afrique doit affirmer une voix unifiée sur les questions de sécurité, sinon d’autres définissent les règles à sa place.
Bibliographie exhaustive
Site du Forum : https://lomepsf.org
ACTUBILAN, (12 octobre 2025), 2ème Forum de Lomé sur la Paix et la Sécurité : Ce qu’il faut retenir, https://actubilan.tg/2e-forum-de-lome-sur-la-paix-et-la-securite-ce-quil-faut-retenir/
AFRICA24, (13 octobre 2025), Afrique : L’Afrique trace sa propre route vers la paix, https://africa24tv.com/afrique-lafrique-trace-sa-propre-route-vers-la-paix?utm_source=chatgpt.com
AFRICATv, (29 octobre 2025), Afrique : le Lomé Peace and Security Forum appelle à renforcer l’autonomie sécuritaire du continent, https://africa24tv.com/afrique-le-lome-peace-and-security-forum-appelle-a-renforcer-lautonomie-securitaire-du-continent?utm_source=chatgpt.com
AGENCE DE PRESSE XINHUA, (13 octobre 2025), Paix et sécurité en Afrique : le Forum de Lomé trace quatre axes d’action concertée, https://french.xinhuanet.com/20251013/6429d9f44c8c45588e4f6fef1a1e734f/c.html?utm_source=chatgpt.com
AKPABIE Mireille, (12 octobre 2024), Quel rôle la jeunesse africaine peut-elle jouer dans le processus démocratique ?, La Tribune, https://www.latribune.fr/think-tank/tribunes/2022-10-17/quel-role-la-jeunesse-africaine-peut-elle-jouer-dans-le-processus-democratique-936118.html
CCFD TERRE SOLIDAIRE, (3 novembre 2025), Election présidentielle au Cameroun : La jeunesse face au défi démocratique, https://ccfd-terresolidaire.org/election-presidentielle-au-cameroun-la-jeunesse-face-au-defi-democratique/
LEVISIONNAIRE, (13 octobre 2025), Les résultats de Lomé Peace and Security Forum (LPSF) 2025, https://levisionnaire.tg/les-retombees-de-lome-peace-and-security-forum-lpsf-2025/
MAJDI Ismail, (25 mai 2024), Au Burkina Faso, la durée de la transition prolongée de 5 ans, Agence de presse turc Anadolu, https://www.aa.com.tr/fr/afrique/au-burkina-faso-la-dur%C3%A9e-de-la-transition-prolong%C3%A9e-de-5-ans/3230522
MARA Moussa, (22 novembre 2024), «Transition en Afrique : et si l’exemple venait du Bangladesh ?». Le Point. https://www.lepoint.fr/afrique/transition-en-afrique-et-si-l-exemple-venait-du-bangladesh-22-11-2024-2576018_3826.php
NGABIRE E., (14 juillet 2015), Manipulation politique : une triste réalité chez les jeunes leaders, https://www.iwacu-burundi.org/manipulation-politique-une-triste-realite-chez-les-jeunes-leaders/
OUEST-FRANCE, (03 novembre 2025), Guinée. Le chef de la junte Mamadi Doumbouya officiellement candidat à la présidentielle de décembre ; Ouest-France. https://www.ouest-france.fr/monde/guinee/guinee-le-chef-de-la-junte-mamadi-doumbouya-officiellement-candidat-a-la-presidentielle-de-decembre-04724dae-b8dd-11f0-9097-68e77b575996
TARIF Mathilde et VIRCOULON Thierry, (décembre 2016), « Transitions politiques : les déboires du modèle de sortie de crise en Afrique », Études de l’Ifri, Ifri, file:///C:/Users/Celin/Downloads/transitions_politiques_vircoulon_tarif_2016_4.pdf
VIRCOULON Thierry, (24 janvier 2023), « Afrique : des transitions démocratiques aux transitions militaires », La Tribune. https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/afrique-des-transitions-democratiques-aux-transitions-militaires-949028.html
[1] Ces dernières années, les évènements internationaux ont placé les problématiques du Cyberespace au cœur des agendas diplomatiques et stratégiques africains. Pour comprendre la « Géopolitique du cyberespace: Internet, une arme puissante? », écrit par Céline Tabou et publié le 28février 2023 par IPSA : https://www.ipsa-afrique.org/geopolitique-du-cyberespace-internet-une-arme-puissante/
[2] L’Alliance Politique Africaine (APA) est une plateforme informelle de concertation, de dialogue politique, de coopération multidimensionnelle et d’action collective. Crée à l’initiative du Togo, à l’issue d’une conférence ministérielle de haut niveau qui s’est tenue à Lomé le 3 mai 2023. Elle compte dix membres en l’occurrence l’Angola, le Burkina Faso, le Gabon, la Guinée Conakry, la Libye, le Mali, la Namibie, la République Centrafricaine, la Tanzanie, et le Togo. https://apa.africa
[3] L’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) s’ordonne autour de structures, d’objectifs, de principes et de valeurs, ainsi que de processus décisionnels portant sur la prévention, la gestion et le règlement des crises et conflits, la reconstruction et le développement post-conflit sur le continent. http://www.peaceau.org/















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