Par Aliou Ly
Il y a quelques mois de cela nous avons fait une évaluation sur les vulnérabilités de l’exception sénégalaise, parmi ces vulnérabilités, le chômage des jeunes occupait une place très élevée dans l’échelle des menaces qu’encourt le Sénégal. Tout a commencé par une plainte pour viol déposée contre Ousmane Sonko, le principal opposant au régime du président Macky Sall. Une affaire civile de par sa nature va devenir une étincelle ou une goutte d’eau qui va déborder la vase. En effet l’opposant crie au complot ourdi par le président Macky Sall et son régime, et refuse en premier temps de répondre à la convocation de la justice au motif de son immunité parlementaire en tant que député et fait appel à son droit de résistance. Alors une procédure de lever de son immunité parlementaire est enclenchée par l’Assemblée nationale contrôlée par la coalition au pouvoir.
En l’espace de deux semaines la procédure est bouclée et l’immunité parlementaire levée. Le 03 mars 2021 alors que le leader du parti PASTEF et chef de l’opposition se rendait au palais de justice pour répondre à sa convocation, il se voit arrêter pour une manifestation non autorisée du fait de l’attroupement de ses partisans au moment de son départ. En ce moment-là, l’étincelle Sonko va déclencher chez les jeunes en colères, frustrés et sans-emplois un mal être profond. En effet avec le cumul des effets du Covid-19, couvre-feu depuis plus d’un an, état d’urgence et de catastrophe sanitaire la jeunesse a saisi cette occasion pour exprimer son ras-le-bol et son mal être. Les émeutes étaient violentes et sont réparties dans plusieurs villes du Sénégal notamment à Dakar, à Pikine, à Guédiawaye, à Rufisque, à Bignona, à Kolda, à Sédhiou (Casamance), Tambacounda et dans bien d’autres localités du pays. Les émeutes ont fait plus de treize morts, de nombreuses personnes blessées (civils et officiers des forces de défense et de sécurité), des magasins pillés et saccagés. Presque jamais depuis 2011-2012 de telles émeutes n’ont eu lieux. Face cette situation le président de la République appelle au calme et pendant ce temps l’opposition et certains mouvements font bloc derrière Ousmane Sonko.
Nous allons essayer de comprendre ce qui s’est passé au Sénégal en situant les responsabilités de l’Etat et les partis d’oppositions et en faisant un commentaire sur la présence de forces obscures lors des émeutes qu’a soulevé le ministre de l’intérieur.
1- Les responsabilités de l’Etat et les parties politiques dans de telles circonstances
Pourquoi a-t-on arrivé là ? Une question qui a toute sa pertinence au vue des événements chaotiques qui ont failli basculer le pays. Les violences qui ont secoué le Sénégal depuis l’arrestation de l’opposant Ousmane Sonko ont montré une autre facette de la jeunesse sénégalaise. Certes il y’avait parmi les manifestants des partisans du leader du PASTEF, mais beaucoup de jeunes sont sortis pour exprimer leur mal être, le manque d’emploi et de liberté. Avant même la pandémie de la Covid-19, la situation économique du pays ne reflétait pas le quotidien de la jeunesse sénégalaise. Chaque année l’Etat du Sénégal parle du taux de croissance toujours positive, alors pourquoi tant de chômages. Le premier responsable de cette situation est l’Etat du Sénégal qui n’a pas su décrypter les signaux et les problèmes de la jeunesse sénégalaise. Il y a aussi ceux qui craignent un véritable recul démocratique ; qui ont pu constater que les opposants censés être les plus importants finissent tous à Rebeuss (Prison), et de plus en plus fréquemment. Que l’état d’urgence, le couvre-feu et toutes les autres mesures destinées à freiner la pandémie de Covid-19 restreignent de plus en plus leurs libertés. L’économie nocturne a subit des effets de la restriction et diminué les recettes de nombreuses familles. Le plan de résilience de 1000 milliards pour lutter contre la Covid-19 n’a pas suffi à retenir les jeunes en colère.
Les partis d’oppositions et certains mouvements de contestation ont aussi une responsabilité importante de la situation qui a entrainé les émeutes. En effet les appels à manifester ont été lancés et entendus par plusieurs jeunes à la place de la nation. Les trois jours qui ont suivi ont vu le pays en proie à des manifestations violentes entre opposants au pouvoir et forces de l’ordre. L’ONU, via son secrétaire général, Antonio Guterres, a appelé à éviter une escalade. Des scènes de guérilla urbaine ont fait au total quinze morts et des centaines de personnes blessées. On a vu aussi le pillage de banques, de supermarchés Auchan, des stations de Total et bien d’autres magasins saccagés. Après cinq jours de tensions Ousmane Sonko rentre chez lui, et sous contrôle judiciaire. Pour apaiser la situation le Chef de l’Etat fait une déclaration appelant au calme et à la sérénité et dit avoir compris le message des jeunes. Les acteurs religieux et coutumiers ont joué un rôle fondamental pour l’apaisement du climat politique. La société civile qui critique souvent le gouvernement, a aussi appelée au calme.
Après les émeutes beaucoup de commentaires ont été faits jusqu’à entendre la présence de forces obscures au Sénégal. Quelles sont-elles ?
2- Y avait-il des forces obscures dans les rangs des manifestants ?
Après l’apaisement et la fin des émeutes extrêmement violentes beaucoup de sénégalais sont étonnés à savoir comment a-t-on arrivé là. Certaines personnalités étatiques ont même parlé de forces occultes, de terroristes derrières les pillages et les saccages des magasins d’Auchan, de banques et de stations d’essence. Bien vrai que le Sénégal cohabite avec le Mali ou différents groupes terroristes et indépendantistes sont présents. D’abord on connait les méthodes d’actions des terroristes : ils attaquent très souvent les camps militaires, les postes de gendarmerie ou de police, les marchés pour se faire exploser et tuer un maximum de civils. Ils attaquent des hôtels ou des infrastructures, des ressources et des activités d’importance vitale pour le pays. Ensuite, on a vu des manifestants prendre de la nourriture dans les supermarchés, d’autres volaient du matériel de valeur (des réfrigérateurs, et des objets de valeur). Enfin on a ni vu ni entendu des symboles et des slogans djihadistes. On a constaté qu’entre les forces de défense et de sécurité et la population civile une méfiance totale. L’absence de confiance entre civil et officier est un risque dans la lutte contre le terrorisme. Il y a une chose ou tout le monde est d’accord c’est qu’il y a eu beaucoup de manipulation de part et d’autre. D’autres forces obscures ont été évoquées dans le cadre des multinationales prêt à tout pour contrôler des pans entiers de notre économie notamment dans l’économie et la gestion de nos ressources naturelles. Selon notre analyse il y avait trois de types de manifestants lors des émeutes : premièrement des manifestants de bonne foi épris de justice sociale et de liberté notamment les revendications d’emplois des jeunes. Deuxièmement des manifestants contre la partialité de la justice dans certaines affaires politiques. Troisièmement des manifestants sans but ou objectif connu. Voilà ce que nous pouvons retenir des types de manifestants. Dans ce genre de situation il est très difficile d’identifier des forces obscures et d’en apporter la preuve.
le Mouvement de défense de la démocratie (M2D), qui regroupe des partis politiques de l’opposition et des mouvements de la société civile, ont finalement décidé d’annuler leur appel à la marche qu’ils avaient prévu, suite à l’appel au calme demander par le chef de l’Etat et des chefs religieux et coutumiers du pays. Au Sénégal le calme est revenu et les activités ont repris dans l’étendue du territoire nationale.
Conclusion :
La situation de l’emploi des jeunes au Sénégal est dans le rouge, ce qui explique la montée en puissance des manifestations et de l’émigration clandestine. La multiplication des facteurs négatifs (pandémie qui rime avec état d’urgence et de catastrophe sanitaire, couvre-feu, le taux de chômage de jeunes diplômés, une situation politique tendue) explique les émeutes. Le chômage des jeunes devient de plus en plus une menace pour la stabilité et la paix au Sénégal. L’émigration clandestine et le chômage des jeunes font partie des menaces qui peuvent déstabiliser la sécurité nationale. L’affaire Sonko a été l’étincelle qui a allumé toutes les frustrations de nature différente et de revendication de part et d’autres de la jeunesse sénégalaise et des partis d’opposition. Le gouvernement en place doit revoir sa copie quant à l’emploi des jeunes et l’impartialité de la justice.
Notes :
- Les vulnérabilités de l’exception sénégalaise : un enjeu de sécurité ; note de IPSA en novembre 2020.
- Centre pour la Gouvernance démocratique, Constitutionnalisme et révisions constitutionnelles en Afrique de l’Ouest: le cas du Burkina Faso, du Bénin et du Sénégal, 2010,2èmepartie de l’étude.
- Ndiaye, Alfred Inis. 2007. Etude des migrations clandestines des ouest-africains vers l’Europe : Cas du Sénégal, Rapport final, OSIWA.
- État des lieux du cadre juridique et institutionnel de la gestion des ressources naturelles et foncières au Sénégal : Enda graf Sahel novembre 2009.















Commenter