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Le gouvernement de transition malienne fragilisé par les séparatistes Touareg et les mouvements terroristes : Quelles conséquences pour les civils ?

Décryptage

Par le Think Tank Initiatitve pour la Paix et la Sécurité en Afrique (IPSA)

Dans la nuit du 25 au 26 avril dernier, une série d’attaques coordonnées a secoué plusieurs régions du Mali, de Kati (près de Bamako) à Sévaré en passant par Bamba et d’autres localités stratégiques. Loin d’être un simple pic isolé dans un cycle de violences, ces frappes simultanées  revendiquées par le Jama’at Nusrat al Islam wal Muslimeen (JNIM) confirment une triste réalité : la trajectoire sécuritaire du Mali se détériore inexorablement. Alors que la junte, déjà fragilisé par la rébellion touarègue et la pression terroriste, peine à imposer son autorité, une question s’impose avec urgence : quelles sont les conséquences directes de cette double crise sur les populations civiles, premières victimes de cet engrenage ?

Une vie quotidienne transformée en parcours du combattant

Les civils maliens subissent d’abord une dégradation brutale de leurs conditions de vie élémentaires. Dans les zones rurales du Centre et du Nord, les attaques répétées contre les postes militaires et les convois logistiques ont contraint des milliers de familles à l’exode. Selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, on comptait déjà plus de 440 000 déplacés internes à la fin 2023 ; les événements d’avril 2026 ont accéléré ce mouvement. Les populations fuient non seulement les combats, mais aussi la peur d’être prises entre deux feux : d’un côté, les groupes jihadistes qui imposent des blocus et rançonnent les villages ; de l’autre, les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par des supplétifs russes (Wagner puis le corps africain), qui mènent des opérations de ratissage souvent peu discriminatoires. La fermeture de centaines d’écoles et de centres de santé dans les zones rouges prive une génération entière d’accès à l’éducation et aux soins. À Ménaka, Gao, Tombouctou et même dans la périphérie de Bamako, les civils vivent au rythme des couvre-feux, des routes coupées et des check-points illégaux tenus par des groupes armés non identifiés.

Une protection humanitaire devenue quasi impossible

La deuxième conséquence majeure est l’effondrement de l’accès humanitaire. Le gouvernement de transition, absorbé par ses luttes contre les séparatistes et les terroristes, ne parvient plus à garantir la sécurité des convois d’aide. Les attaques coordonnées du 25-26 avril ont ciblé des infrastructures proches de bases logistiques, rendant encore plus risquée la livraison de nourriture, de médicaments et d’abris. Les humanitaires eux-mêmes sont devenus des cibles : enlèvements, vols de véhicules, assassinats ciblés de travailleurs locaux. Résultat, des régions entières comme la zone des trois frontières (Mali-Burkina-Niger) sont en état de famine silencieuse. Les civils sont contraints de consommer des aliments non conventionnels (feuilles, racines) ou de migrer vers des camps surpeuplés à Mopti ou Sévaré, où les épidémies de choléra et de rougeole font leur retour. De plus, l’affaiblissement de l’État laisse le champ libre aux groupes jihadistes pour imposer leur propre « justice » et leur fiscalité parallèle (zakat forcée, taxes aux marchés), ce qui vide les poches déjà maigres des ménages ruraux.

Des communautés fracturées et des traumatismes durables

Au-delà des impacts matériels, les conséquences psychosociales et sociales sont catastrophiques. La confusion entre terrorisme jihadiste et rébellion identitaire touarègue a jeté de l’huile sur le feu des tensions communautaires. Les civils peulh sont souvent accusés de complicité avec le JNIM, tandis que les Touaregs arabophones sont soupçonnés de soutenir les séparatistes. Cette méfiance réciproque, manipulée par les acteurs armés, a donné lieu à des exactions ciblées : exécutions sommaires de notables, incendies de villages, violences sexuelles comme arme de guerre. Les enfants sont particulièrement touchés : enrôlés de force par les groupes armés (parfois dès l’âge de 12 ans), ils perdent leur enfance, et les filles captives subissent des mariages forcés. À long terme, c’est la cohésion sociale qui s’effrite. Les mécanismes traditionnels de résolution des conflits (jirga, médiation des sages) ont volé en éclats, remplacés par la loi du plus armé. Les jeunes, sans perspective, soit tentent l’exode vers l’Europe par les routes de la mort, soit rejoignent les rangs des belligérants faute d’alternative. Le risque est celui d’une « génération perdue » malienne, radicalisée ou traumatisée à vie.

L’urgence d’une protection centrée sur les civils

L’escalade des attaques coordonnées d’avril 2026 ne doit pas masquer l’essentiel : ce sont les civils maliens qui paient le prix le plus lourd d’une sécurité en ruine. Pris en tenaille entre un gouvernement de transition affaibli, déchiré par les séparatistes et débordé par les jihadistes, ils subissent déplacements forcés, famine, violence aveugle et destruction du lien social. Pour inverser cette trajectoire, aucune solution purement militaire ne suffira. Il est urgent que les autorités maliennes et leurs partenaires internationaux fassent de la protection des civils une priorité absolue : corridors humanitaires sécurisés, justice pour les crimes commis, programmes de réconciliation locale et de désengagement des combattants enfants. Sans un changement radical de paradigme, les attaques des 25 et 26 avril ne seront qu’un sombre anniversaire parmi d’autres dans la longue litanie des souffrances civiles maliennes. Le temps presse.

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