IPSA AFRIQUE

Les enjeux de l’élection présidentielle au Tchad : entre défis sécuritaires et stabilité

Par Annouar Mahamat Nou, Point Focal Tchad de l’Initiative pour la Paix et la Sécurité en Afrique (IPSA)

Après le décès tragique du président de la République du Tchad Idriss Deby Itno en Avril 2021, sur le front de la guerre, dans le désert du Kanem, suite à l’incursion d’une rébellion armée depuis le Nord du Tchad, lors d’une attaque rebelle menée par un groupe politico-militaire dénommé Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (FACT), basé au Sud de la Lybie et dirigé par Mahamat Mahdi Ali, le Tchad a connu des troubles sécuritaires et des instabilités politiques qui ont conduit le pays à une transition politique.A la suite de cette disparition brutale du Président Idriss Deby Itno, qui était Maréchal de l’Armée et ayant dirigé lui-même les combats sur le front, un Conseil Militaire de Transition a été mise en place, ce conseil militaire est dirigé par l’un des fils du président, Mahamat Idriss Deby Itno, lui-même Général de l’Armée, à l’époque commandant de la garde présidentielle et chef de la Direction Générale du Service de Sécurité des Institutions de l’État (DGSSIE) et ayant participé lui aussi aux combats contre la rébellion.

Ainsi, suite à cet énième instabilité politique et sécuritaire, le Tchad, avec un climat régional dépourvu de toute stabilité́, a subi une attaque de la rébellion armée. Le Président Idriss Deby était récemment élu pour un sixième mandat, suite aux proclamations des résultats des élections du 11 Avril 2021. Cette mort brutale a totalement changé la donne politique tchadienne. Cette disparition subite a reconfiguré le système politique tchadien. Depuis le décès du président de la République, pour assurer la continuité de l’Etat, le Conseil Militaire de Transition (CMT), dirigé́ par Mahamat Idriss Deby Itno, continue d’exercer le pouvoir politique. Ainsi, le Conseil Militaire a annoncé la dissolution des institutions de l’État avec une promesse de céder le pouvoir à un gouvernement civil dans un délai de 18 mois. Sous l’impulsion du président de la Transition et sous l’égide de l’Ancien Ministre des Affaires Étrangères Chérif Mahamat Zene, un accord politique avec les polico-militaires et les mouvements armés de la rébellion a été signé. Cependant, le FACT, principal mouvement armé et d’autres groupes rebelles n’ont pas signé l’Accord de Paix de Doha. A la suite de la signature de l’Accord de Doha par 43 groupes politico-militaires, grâce à la médiation et les bons offices du Qatar et de son Émir Tamim ben Hamad Al Thani, un Dialogue National Inclusif et Souverain, regroupant toutes les forces vives de la nation, a été organisé, qui a rendu des diverses recommandations.

Du point de vue des institutions de l’État, il est mis en place un gouvernement de transition et un Conseil National de Transition. Le gouvernement de transition est coordonné d’abord par Pahimi Padacke Albert, puis par Saleh Kebzabo opposant farouche au régime de Déby père et actuellement le gouvernement est dirigé par l’opposant au système de Deby père et de Deby fils, Succès Masra, suite à l’Accord de Paix de Kinshasa, après une longue période d’exile aux États-Unis d’Amérique, résultat des manifestations violemment réprimées du 20 Octobre 2022, dont des centaines de tchadiens ont perdu la vie. La tâche du Président de la Transition et du Gouvernement de Transition était d’assurer d’abord la sécurité des citoyens après ces évènements de l’incursion des mouvements rebelles avec des conséquences remarquables sur la paix et la sécurité. Ensuite, le rôle de la transition est d’assurer la continuité́ de l’État et la continuité́ du service public. En fin, la transition a pour but de mener à des élections libres, transparentes, crédibles et démocratiques pour aboutir à̀ une alternance pacifique, paisible, citoyenne, démocratique, civilisée et consensuelle.

Le Mouvement Patriotique du Salut, le parti au pouvoir, fondé par le président Deby, désigne son fils Mahamat Idriss Deby Itno comme candidat de la majorité présidentielle aux élections présidentielles prévues le 06 Mai 2024, sous l’égide d’une grande coalition de 227 partis politiques et organisations de la société civile pour soutenir sa candidature. L’actuel Premier Ministre, Succès Masra est aussi candidat aux élections présidentielles avec son parti qui a retrouvé la légalité, le Parti des transformateurs, également constitué en coalition, la Coalition pour la Justice et l’Égalité. Une autre figure de l’opposition politique tchadienne est également candidat en lice, le tout premier Premier Ministre du Gouvernement de la Transition, Pahimi Padacke Albert, président du Rassemblement National des Démocrates Tchadiens (RNDT-Le réveil).

L’opposant politique Yaya Dillo Djerou Betchi, ancien chef rebelle armé et proche de la famille Deby, est décédé le 28 février 2024, suite à la descente de l’armée tchadienne au siège de son parti, le Parti Socialiste Sans Frontière (PSF), parti politique dont le siège est totalement rasé. Il était un potentiel candidat aux futurs élections présidentielles du 06 Mai 2024. Le gouvernement a annoncé une possible enquête internationale indépendante suite aux pressions menées par des organisations de défense des droits de l’Homme.

Par ailleurs, la base politique établie dans la diaspora, notamment en France, à la lumière de Abdelkerim Yacoub Koundougoumi, président du parti politique Le Pacte des Bâtisseurs, pense que l’élection du 06 Mai est « jouée d’avance » et l’échéance électorale n’est qu’une « pure mascarade » pour « instaurer une dynastie » dit-il lors d’un meeting de l’opposition tchadienne organisée le 20 Avril 2024, à Paris.

Quelques soient les considérations politiques des uns et des autres, la campagne électorale bat son plein. L’ambiance politique est très chaleureuse. Le climat social est marqué par un vent d’espoir et de paix pour les uns et un risque de répétition de la même histoire pour les autres.

Les 10 candidats retenus par le conseil constitutionnel, quant à eux, font le tour du pays dans les différentes régions et aux fins fonds des provinces et villages pour battre compagne en faveur de leur projet de société avec des promesses de changement. Les tchadiens sont donc appelé aux urnes dans un contexte sécuritaire dépourvu de toute stabilité avec des enjeux géopolitiques cruciaux et des défis politico-sécuritaires considérables.

Le résultat des élections du 06 Mai est impatiemment attendu par la population, reste à savoir qui remportera ces élections ? Les favoris sont bien connus à travers les gigantesques foules qu’ils parviennent à rassembler lors de la campagne. Une surprise de victoire de Succès Masra qui joue toutes ses cartes stratégiques ou une possible victoire écrasante, dès le premier tour, du Président Mahamat Idriss Deby Itno, qui n’a pas dit son dernier mot ?

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